L’Évangile à portée de main

La mission, avant-goût du ciel | Evangile du 17 mai

De 13 mai 2026mai 16th, 2026No Comments

Evangile selon Saint Jean 17,1-11a
Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et pria ainsi: «Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyée, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’oeuvre que tu m’avais confiée.

»Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi: donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde. J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données: ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi, et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé.

»Je prie pour eux; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés: ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes».

La mission, avant-goût du ciel

Luis CASASUS, président des Missionnaires Identès

Rome, 17 mai 2026 | Ascension du Seigneur

Actes 1, 1-11 ; Éph 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20

Par un après-midi pluvieux, Carlitos, âgé de quatre ans, jouait dans le salon pendant que sa mère terminait quelques tâches. Soudain, un fort coup de tonnerre fit vibrer les fenêtres. Carlitos resta immobile, les yeux grands ouverts.

Tout va bien, mon chéri, dit sa mère depuis la table, je suis là.

L’enfant ne répondit pas. Un autre coup de tonnerre. Carlitos prit une décision en silence : il marcha lentement jusqu’à sa mère, traînant son dinosaure préféré dans sa main.

Elle, sans s’en rendre compte, continua à parler :

Tu veux que je t’explique ce qu’est un coup de tonnerre ? Écoute, c’est comme

Mais Carlitos ne voulait pas d’explication. Il ne voulait pas non plus de photo, ni de dessin, ni d’autre jouet. Il leva simplement les bras.

Sa mère se retourna, le vit et comprit. Elle le prit dans ses bras.

L’enfant posa sa tête sur son épaule, lâcha le dinosaure et respira profondément. Le coup de tonnerre suivant retentit plus fort que les précédents, mais cette fois, Carlitos ne bougea pas d’un pouce.

C’est mieux comme ça ?  murmura-t-elle.

Carlitos ne dit rien. Il serra simplement un peu plus fort ses bras autour de son cou. Carlitos sentit la chaleur de sa peau et les battements de cœur qui l’avaient accompagné depuis le sein. Et dans cette étreinte, sans mots, ce dont il avait besoin devint clair : non pas une explication, mais un corps pour le soutenir.

Il nous arrive quelque chose de similaire. Aujourd’hui, alors que nous célébrons l’Ascension du Christ, son dernier événement ici-bas, tandis que les penseurs s’efforcent d’expliquer – ou de nier – ce qu’est l’esprit, le Christ, avec son corps ressuscité, nous montre et nous prouve que notre humble et fragile vase, fait de chair et d’âme, ira lui aussi au ciel, transfiguré comme Jésus.

Comme pour l’enfant de l’histoire, notre Père céleste veut nous embrasser ; il ne se contente pas d’un message, il nous veut tout entiers, pleinement, avec le corps, l’âme et l’esprit qu’il nous a un jour donnés pour notre passage dans ce monde étrange, qui n’est pas notre patrie, comme le rappelle saint Paul :

Car notre citoyenneté est dans les cieux, d’où nous attendons aussi avec impatience un Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps, de notre état d’humiliation, à l’image de son corps de gloire (Ph 3, 20-21).

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Mais n’oublions pas qu’il existe une deuxième perspective pour contempler l’Ascension, puisque les « deux hommes vêtus de blanc » disent aux disciples : Que faites-vous là, les yeux fixés vers le ciel ?

En effet, la surprise et la peur ne leur permettaient pas de se souvenir de la promesse du Maître : Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20). Ils ne devaient pas rester au sommet, mais descendre dans la vallée, même si celle-ci mérite parfois le nom de « vallée de larmes », comme le dit le Psaume 84. Cela n’était possible que s’ils suivaient fidèlement les instructions précises de Jésus : ne pas quitter Jérusalem et y attendre l’arrivée du Saint-Esprit. C’est ce qu’ils firent, et c’est ce qui arriva.

L’Ascension apporte aussi ce message du Christ : Désormais, je ne serai plus visible, mais vous le serez. En effet, ils se mirent en route pour apporter la paix dans le cœur de tant et tant de personnes, qui ne pouvaient sentir la présence de Dieu, précisément à cause de ce manque de paix. Il en va de même pour nous : comme l’a annoncé le Christ en proclamant les Béatitudes, le royaume des cieux appartient à ceux qui font œuvre de paix.

Cela signifie que celui qui œuvre sans relâche pour réconcilier les personnes, pour créer les conditions permettant à chacun de vivre dans la plus grande dignité possible, se verra remettre le royaume des cieux, ce qui s’accomplit dès à présent, si nous ne cessons pas d’apporter sa paix à nos amis et à nos ennemis. En effet, le Christ l’a déjà annoncé : Le royaume de Dieu est en vous (Lc 17, 21).

Saint François d’Assise a fait l’expérience de cette réalité et l’a exprimée de la meilleure façon qui soit, c’est-à-dire sous la forme poétique de sa célèbre prière :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix.

Là où il y a la haine, que je sème l’amour.

Là où il y a l’offense, le pardon ;

Là où il y a le doute, la foi ;

Là où il y a le découragement, l’espérance ;

Là où il y a l’ombre, la lumière ;

Là où il y a de la tristesse, que je sème la joie ;

Ô Divin Maître ! Accorde-moi de ne pas chercher à être consolé, mais à consoler ;

De ne pas chercher à être compris, mais à comprendre ;

De ne pas chercher à être aimé, mais à aimer ;

Car en donnant, nous recevons, En pardonnant, nous sommes pardonnés,

Et en mourant, nous naissons à la vie éternelle.

De manière précise et poétique, notre Fondateur nous dit également :

Tel est le message de notre mission : que les hommes pensent que, tout en étant sur terre, ils sont déjà aussi au ciel. La manière très humaine d’être au ciel, très intérieure et intime, était la divinité du Christ, celle du Fils de Dieu (Dans le Cœur du Père).

Il est remarquable que les dernières paroles de Jésus que nous lisons dans l’Évangile de Matthieu ne soient pas un conseil moral, mais une mission entièrement tournée vers le prochain : Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit.

Certes, nous trouvons la réponse à nos inquiétudes en levant la tête et en contemplant notre prochain, sa douleur et ses rêves. Il en est ainsi ; nous sommes des êtres extatiques par nature, c’est pourquoi rester enfermé dans ma douleur, dans mes projets, dans mes réflexions, est quelque chose de toujours contre-nature, au-delà du fait que cela puisse être qualifié de bon ou de mauvais. Une fois que nous nous engageons à consacrer notre vie aux autres, un changement s’opère en nous.

On ne saurait trop insister sur cette vérité que l’Évangile nous enseigne sans cesse :

► Celui qui sert, comme lors du lavement des pieds, entre en communion avec le Christ, entre dans sa logique, participe à sa manière d’être.

En vérité, le service n’est pas seulement une action ; il transforme celui qui l’accomplit, il l’introduit dans la communion avec le Christ : si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. Le disciple devient capable d’aimer comme Lui.

► Celui qui accepte la mission reçoit une force nouvelle. Comme nous le voyons en Matthieu 10, 1-8. Jésus envoie les siens pour guérir, libérer, annoncer. Et dans le même acte où il les envoie, il leur donne un pouvoir nouveau : Il leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie. Ils n’avaient pas cette capacité auparavant. Ils la reçoivent au moment où ils acceptent la mission. Ainsi, la mission transforme le missionnaire, qui reçoit des dons qu’il ne possédait pas, et de cette manière, la puissance du Christ se manifeste quand on se donne.

► Celui qui accueille, comme les disciples d’Emmaüs, découvre le Christ et renaît ; le don de soi à l’autre ouvre l’intelligence spirituelle.

► Dans Jean 6, 1-13, l’épisode de la multiplication des pains nous enseigne qu’un jeune garçon donne ce qu’il a – peu, insuffisant – mais cet acte déclenche un changement et le peu devient abondant ; les disciples passent de l’impuissance à la confiance et ainsi, Jésus fait d’eux les administrateurs d’un miracle.

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La première lecture affirme que Jésus est monté au ciel. Bien sûr, les Actes des Apôtres veulent nous enseigner quelque chose de plus essentiel qu’une simple élévation dans l’espace. En ce qui concerne Jésus, cela signifie que sa communion avec le Père est totale et, de plus, qu’il l’a donné à l’Église comme chef, selon ce que dit la deuxième lecture.

Quant à nous, il est vrai que nous vivons des expériences que l’on peut qualifier de célestes, en particulier lorsque nous embrassons la grâce et que nous sommes capables d’aimer sans condition, en surmontant l’égoïsme.

C’est ce que les théologiens expriment par l’expression « déjà mais pas encore » pour faire comprendre que le Royaume de Dieu, compris comme le ciel, est déjà présent dans les bonnes actions, la justice, l’amour et la générosité vécus selon l’Évangile. Pas encore dans sa plénitude, car la souffrance et la mort existent toujours, mais cela suffit pour que nous prenions conscience que nous sommes des enfants, que nous avons reçu en héritage de travailler dans la même vigne que le Christ.

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Aux Cœurs Sacrés de Jésus, Marie et Joseph,

Luis CASASUS

Président