
Evangile selon Saint Jean 14,15-21
«Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous: c’est l’Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui».
De quels commandements Jésus parle-t-il maintenant ?
Luis CASASUS, Président des Missionnaires et Missionnaires Identès
Rome, le 10 mai 2026 | VIe dimanche de Pâques
Actes 8, 5-8.14-17 ; 1 P 3, 1.15-18 ; Jn 14, 15-21
Les adieux du Christ au Cénacle étaient remplis de déclarations difficiles à comprendre : Et toi, Seigneur, tu vas me laver les pieds ?… Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, alors comment pouvons-nous connaître le chemin ?… Là où je vais maintenant, vous ne pouvez pas venir…
Pour couronner le tout, après avoir insisté sur le fait qu’il leur donnait un commandement nouveau et avoir enseigné que ce commandement était le perfectionnement de « l’amour de Dieu et du prochain » de l’Ancien Testament, il dit maintenant deux fois aux disciples de « garder ses commandements », au pluriel.
Nous savons bien que ces commandements ne constituent pas un nouveau code, et qu’il n’est pas possible de les rassembler dans un texte. Ce qui se passe, c’est que, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus met en relation trois choses : l’amour pour Lui, l’accomplissement de « ses commandements » et la venue du Saint-Esprit. Quelques versets plus loin (Jn 14, 26), il expliquera le rôle de l’Esprit avec plus de clarté : L’Esprit vous enseignera et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.
Aimer le Christ, nous le savons bien, signifie s’identifier à Lui. Ce n’est pas seulement un amour généreux, et encore moins un amour qui « recherche l’harmonie ». Au contraire, il nous enseigne que notre générosité ne peut être totale car nous oublions que tout ce que nous avons est un don de Dieu et que nous essayons de donner en nous basant sur notre propre abondance ; et, de plus, qu’il est venu apporter l’épée, la discorde (Mt 10, 34).
Aimer le Christ, c’est donc accomplir ce que le Saint-Esprit nous communique comme quelque chose de nouveau, d’inattendu. C’est peut-être pour cela que, dans Matthieu 13, 52, Jésus utilise l’expression « le neuf et l’ancien » pour illustrer comment un disciple instruit dans le Royaume des Cieux doit embrasser la vérité divine. La métaphore provient de la parabole du « maître de maison » qui tire de son trésor des choses nouvelles et anciennes.
Prenons un exemple tiré de la littérature, un personnage qui, tout en estimant le savoir ancien, est capable d’accepter le plus inattendu, le jamais vu.
Le Lion, la sorcière blanche et l’armoire magique est le premier livre publié de La Chronique de Narnia, écrit par C. S. Lewis. On y trouve un personnage curieux, le professeur Kirke. C’est un vieil universitaire qui vit entouré de livres anciens et d’armures, dans une maison qui ressemble à un musée de l’histoire de l’Angleterre.
Il accueille dans son immense demeure Peter et Susan, les frères et sœurs aînés de Lucy, qui insiste sur le fait d’avoir découvert un monde magique dans l’armoire. Le professeur Kirke ne juge pas les enfants comme fous ou menteurs ; il utilise sa sagesse ancestrale pour valider une expérience totalement nouvelle et fantastique.
C’est le seul adulte capable d’accepter la « nouveauté » qu’est l’existence d’un monde à l’intérieur d’une armoire.
Avec sa célèbre phrase clé : « Soit elle ment, soit elle est folle, soit elle dit la vérité », le professeur fait valoir que, d’après le caractère de Lucy, elle ne semble ni mentir ni être folle, et que la seule option restante est donc qu’elle dise la vérité. Ainsi, cet amoureux de l’ancien parvient également à accueillir la nouveauté.
Cette capacité à accueillir quelque chose de nouveau et d’inattendu dans notre vie spirituelle est aussi un don, quelque chose reçu comme un cadeau qui nous amène à tout voir d’un œil nouveau. C’est pourquoi nous devons apprendre à écouter le Saint-Esprit, qui change notre façon de croire, de vivre l’espérance et d’aimer notre prochain. Sans aucun doute, le changement le plus spectaculaire est d’en venir à aimer (et pas seulement à respecter) l’ennemi, la personne qui me fait du mal ou me méprise. En réalité, c’est exactement cela l’amour de notre Père céleste : face à notre infidélité et à notre ingratitude, sa réponse est de se priver de ce qu’il a de plus intime, de son propre Fils, afin qu’en devenant l’un de nous, il nous fasse comprendre et expérimenter la réalité de cet amour qui protège, pardonne et guérit.
Cette guérison signifie rien de moins que de briser les limites de notre médiocrité et de pouvoir suivre le chemin que Jésus nous indiquait : Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait.
Un personnage biblique qui incarne la synthèse de l’ancien et du nouveau est Siméon (Lc 2, 25-35). Sa figure est le pont parfait entre l’Ancien et le Nouveau Testament ; c’est l’homme qui vit sur le « seuil » et, avant que Jésus ne devienne le Maître que d’autres ont connu, il a disposé son cœur pour accepter ce que nous appelons aujourd’hui l’Évangile.
Siméon représente des siècles de tradition, de lois et de promesses anciennes ; il est, littéralement, « l’ancien », toujours dans l’attente de ce que la volonté de Dieu déterminera, au moment opportun. Dans ses bras, il accueille un bébé de quelques jours ; cet enfant est la « nouveauté » absolue, le Messie qui vient tout changer. Siméon ne rejette pas l’enfant parce qu’il est nouveau, ni ne reste enfermé dans ses livres de lois ; en chantant le Nunc Dimittis (« Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix »), Siméon reconnaît que l’ancien, la promesse, s’est accompli dans le nouveau, dans l’Enfant.
Remarquons que cela est possible aujourd’hui en toi et en moi car, comme le dit Jésus aujourd’hui, l’Esprit demeure avec nous.
Ainsi, le Saint-Esprit nous fait connaître, sans relâche, ces « commandements du Christ », qui sont en réalité des manières concrètes de vivre, ici et maintenant, le seul commandement de l’amour.
En réalité, écouter la voix du Saint-Esprit est la seule façon d’être pleinement humain. Beaucoup se souviendront d’un célèbre poème de style victorien de Rudyard Kipling (1865-1936), où il résume une liste d’attitudes qui font véritablement qu’une personne est pleinement humaine. Vivre ainsi toujours et pleinement est en réalité impossible par ses propres forces, sans compter sur le Saint-Esprit.
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
—ooOoo—
Les première et deuxième lectures d’aujourd’hui revêtent une importance particulière pour ceux d’entre nous qui voulons rester fidèles au charisme missionnaire identé.
Dans la deuxième, Pierre nous encourage à vivre notre activité d’étude et de défense du Magistère, que notre Fondateur appelle « apologétique forense » et qui est incluse dans le Vœu de cathedra. Dans ce très bref paragraphe, nous trouvons la clé de la manière dont le Vœu apostolique et celui de cathedra vont de pair :
Soyez toujours prêts à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Mais faites-le avec douceur et respect, en gardant une conscience pure, afin que ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ aient honte de leurs calomnies. Si telle est la volonté de Dieu, il vaut mieux souffrir pour avoir fait le bien que pour avoir fait le mal.
D’autre part, la deuxième lecture évoque les fruits de l’apostolat aux premiers temps. Certains pourraient penser qu’il n’en va pas toujours ainsi aujourd’hui et qu’il n’y a pas autant de prodiges visibles. Cependant, gardons à l’esprit que ces signes s’accomplissent aujourd’hui dans un sens réel, mais pas nécessairement spectaculaire. Ils s’accomplissent dans la vie des véritables apôtres, dans la mission quotidienne, dans la transformation intérieure et dans la charité qui triomphe du mal.
Les vrais missionnaires, envoyés du Christ, « chassent les démons » car ils libèrent du mal qui asservit. Un véritable apôtre chasse les démons lorsqu’il aide quelqu’un à rompre avec un péché qui le domine, lorsqu’il accompagne une personne prisonnière de la dépendance, de la violence ou du désespoir, lorsqu’il annonce la vérité qui démasque les mensonges.
Les vrais missionnaires, envoyés du Christ, « parlent de nouvelles langues », car la grâce leur permet de parler au cœur de personnes très différentes, en trouvant des mots qui ouvrent des chemins là où tout semblait fermé ; ils peuvent annoncer l’Évangile dans la « langue » de chaque culture et de chaque génération, et communiquer l’espérance là où tous ne voient que l’échec.
La « nouvelle langue » est le langage du Christ : miséricorde, vérité, patience, clarté, douceur.
Les vrais missionnaires, envoyés du Christ, « prennent des serpents avec leurs mains », car ils affrontent le mal sans se laisser paralyser par lui. Le serpent est le symbole biblique du mal rusé, de la tromperie, de la tentation. Un véritable apôtre « prend des serpents » lorsqu’il : affronte des situations moralement dangereuses sans se laisser corrompre, pénètre dans des milieux hostiles sans perdre la paix, accompagne des personnes blessées par le péché sans s’en scandaliser, et est capable de discerner les manipulations, les idéologies ou les tromperies spirituelles, toujours grâce à la grâce reçue à cette fin.
Les vrais missionnaires, envoyés du Christ, « s’ils boivent quelque chose de venimeux, cela ne leur fera pas de mal ». Le venin, c’est la méchanceté qui vient de l’extérieur : calomnies, trahisons, injustices, ingratitudes, toute forme d’attaque, de critique ou de persécution. C’est le signe de l’immunité spirituelle que donne le Saint-Esprit.
Enfin, les vrais missionnaires, envoyés du Christ, « imposent les mains aux malades et ceux-ci sont guéris ».
Avec l’aide de Dieu, ils guérissent les blessures du corps, de l’âme et de la vie. L’Église a toujours compris ce signe à deux niveaux : la guérison physique, lorsque Dieu l’accorde, et la guérison spirituelle et morale, qui est constante, universelle et plus importante.
Le véritable apôtre guérit son prochain lorsqu’il console celui qui souffre, réconcilie celui qui est brisé intérieurement, aide celui qui a du mal à pardonner et prie pour les malades avec foi et compassion.
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Aux Cœurs Sacrés de Jésus, Marie et Joseph,
Luis CASASUS
Président











