
Evangile selon Saint Matthieu 11,25-30:
En ce temps-là, Jésus prit la parole: «Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m’a été confié par mon Père; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
»Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger».
Ce qui est caché aux sages
Luis CASASUS, président des Missionnaires Identès
Rome, le 5 juillet 2026 | XIVe dimanche du temps ordinaire
Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30
Il était facile d’interpréter la première lecture comme une promesse de paix politique, car « Éphraïm » représentait le royaume du nord (les tribus d’Israël), tandis que « Jérusalem » était la capitale du royaume du sud (Juda). La destruction des chars dans les deux régions signifie que le Messie réunira le peuple et mettra fin à la guerre et aux divisions internes.
De plus, Zacharie prophétisait à une époque de reconstruction après l’exil babylonien. Le peuple était fragile, dépourvu de pouvoir politique, et avait besoin d’espoir.
Dans ce contexte, Dieu promet un roi qui ne dépend pas des armées, mais de la fidélité divine. Et, en effet, Jésus n’a pas détruit les armées romaines de son époque avec des armes matérielles. Au contraire, il a désarmé les puissances spirituelles du mal par sa mort sur la croix (Col 2, 15). Il a apporté la paix spirituelle et abattu les murs de séparation entre les peuples (Ep 2, 14), unissant Juifs et païens.
La paix spirituelle est la « paix du Christ », celle qu’il a annoncée pour consoler ses disciples avant sa mort (Jn 14, 27) et que l’Évangile d’aujourd’hui présente comme la seule capable d’apaiser le cœur humain et, ainsi, d’instaurer la paix entre nous.
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Il est surprenant que cette paix ne s’obtienne pas en se libérant des problèmes, mais par un service permanent, sous la forme d’un joug que le Maître décrit comme léger. Bien que cela puisse paraître paradoxal, de nombreuses âmes sensibles ont pressenti qu’il en est ainsi et bon nombre de personnages de la littérature reflètent cette réalité. De même, l’expérience clinique le confirme, bien qu’elle ne nous conduise pas à la plénitude à laquelle le Christ est capable de nous mener.
► Dans l’œuvre de Cervantes L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche (1605–1615), le personnage de Sancho Panza n’est, en apparence, rien de plus qu’un simple paysan. Cervantes le présente comme un personnage profondément humain : il sert son maître avec loyauté, patience et humour, et c’est précisément pour cela qu’il vit dans une paix intérieure que Don Quichotte, malgré toute sa noblesse, n’atteint pas toujours.
Sancho accompagne fidèlement Don Quichotte, même lorsqu’il ne comprend pas ses folies. Sa paix naît de cette fidélité, et non de la raison. Par sa sagesse populaire, exprimée dans ses proverbes, il montre que celui qui sert avec humilité possède une sagesse qui lui permet de garder son équilibre.
Cervantes le résume en une phrase : Mieux vaut un bon espoir qu’une mauvaise possession. Il nous enseigne ainsi qu’il vaut mieux garder l’enthousiasme et l’espoir d’atteindre un but, en servant de manière juste et désintéressée, plutôt que d’essayer de fuir la réalité ou de se défendre en fuyant ou en attaquant les autres.
► Examinons un cas clinique qui illustre une situation assez courante.
Celia, âgée de 42 ans, consulte pour une anxiété persistante, un sentiment de vide et des épisodes d’irritabilité.
Elle explique qu’elle « a essayé de simplifier sa vie » en évitant les conflits, les responsabilités familiales et les situations qui lui causaient du stress, mais cela n’a fait qu’accroître son mal-être.
Elle a travaillé pendant 15 ans comme infirmière de proximité et, à la suite d’un conflit professionnel, a demandé à être mutée à un poste administratif « pour avoir moins de problèmes ». De même, elle a réduit sa vie sociale pour « ne pas avoir à s’occuper de qui que ce soit ». Elle évite également les conversations difficiles avec sa famille. Depuis lors, elle dit se sentir « éteinte », sans but et avec une anxiété croissante.
L’évaluation psychologique a révélé une anxiété modérée, des symptômes dépressifs légers, une perte de sens à la vie, un isolement progressif et un style évitant (peur du rejet ou de l’humiliation) face aux conflits.
Cette évitement chronique a érodé son identité et son sentiment d’avoir un but, générant de l’anxiété et une perte de paix intérieure.
Le traitement visait à : renouer avec ses valeurs personnelles, notamment la bienveillance et le dévouement, réintégrer les activités prosociales qui faisaient autrefois partie de son identité et établir des limites saines, non pas pour éviter, mais pour s’investir sans s’épuiser.
Au cours des quatre mois qui ont suivi, Celia a repris son bénévolat dans une soupe populaire, a accompagné une voisine âgée à ses rendez-vous médicaux et a renoué le dialogue avec sa famille.
Ainsi, son anxiété et son irritabilité ont considérablement diminué et elle évoque « une paix qu’elle n’avait pas ressentie depuis des années ».
La conclusion clinique montre que l’évitement réduit le stress immédiat, mais augmente le mal-être à long terme ; le service, lorsqu’il naît de valeurs profondes, restaure l’identité, le sens de la vie et la paix intérieure. Ainsi, le service agit comme un intégrateur émotionnel : il organise la vie, lui donne un sens et diminue l’anxiété.
Celia n’a pas retrouvé la paix en fuyant les problèmes, mais en s’y confrontant à travers le service. Son bien-être est revenu lorsqu’elle s’est remise à donner.
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Le Christ, par l’inspiration que nous recevons du Saint-Esprit, élève à un niveau suprême ce que nous voyons chez Sancho Panza et chez Celia. C’est une expérience que de nombreux personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament ont vécue :
* La peur de Moïse a cessé de le paralyser face à l’évidence de l’intervention divine et à la confiance que celle-ci avait placée en lui, bien qu’il répétât : « Si même les Israélites eux-mêmes ne m’écoutent pas, comment le pharaon m’écouterait-il, moi qui suis si maladroit dans mes paroles ? » (Ex 6, 12).
* Le désespoir du prophète Élie est relaté dans le Livre des Rois, chapitre 19. Il éclate lorsque la reine Jézabel le menace de mort après sa victoire sur le mont Carmel. Accablé par la panique et la solitude, il s’enfuit dans le désert, s’assit sous un buisson et souhaita mourir. Avant de lui parler, Dieu remédia à son épuisement physique par l’intermédiaire d’un ange qui lui apporta deux fois du pain chaud et de l’eau. L’ange lui dit : « Lève-toi et mange, car un long chemin t’attend. » Dieu a sorti Élie de son isolement en lui confiant de nouvelles missions et en lui redonnant espoir ; il lui a ordonné d’oindre deux nouveaux rois ainsi qu’Élisée comme son successeur, et lui a révélé qu’il n’était pas seul, puisqu’il restait en Israël 7 000 personnes qui ne s’étaient pas prosternées devant le dieu Baal.
* Le cas le plus proche de celui du Maître fut celui de Pierre, qui n’obtint comme seule réponse à son abattement que le mandat de pâturer les brebis du Christ (Jn 21, 17).
La Providence ne se trompe pas, et elle ne nous confie pas n’importe quelle mission. Lorsque nous sommes humbles et que nous nous reconnaissons petits, comme le dit aujourd’hui le Christ, nous recevons cette authentique révélation, comme Il l’appelle aujourd’hui.
Ceux qui ne se sentent pas dans le besoin, ceux qui croient déjà mener une vie comblée, ne peuvent ni recevoir ni accueillir cette révélation, qui n’est pas une vérité de théologie, mais le service, cette manière de servir qui nous guérit, soulage notre douleur sans la faire disparaître et donne un sens à tout effort.
Contrairement à la paix du monde, aussi désirable soit-elle, la paix du Christ est contagieuse, elle se transmet ; c’est pourquoi Jésus peut dire : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix (Jn 14, 27). Il ne parle pas d’une simple tranquillité d’esprit, il utilise le mot hébreu Shalom, qui signifie plénitude, bien-être intégral, réconciliation et restauration de la relation entre l’être humain et Dieu.
La preuve que la paix du Christ se transmet et se propage, qu’elle est bien plus qu’un bien personnel, réside dans ce qu’il a annoncé dans le Sermon sur la montagne : Heureux ceux qui font œuvre de paix.
S’appuyant sur sa propre expérience et sur tout ce qu’il a appris des saints, Fernando Rielo, fondateur des missionnaires identes, affirme que la paix du Christ nous permet d’affronter avec une force insolite, inouïe, les plus grandes batailles, car « c’est un combat contre la tiédeur ». Cette tiédeur, qui prend parfois la forme de l’indifférence, nous fait oublier que la paix est la première condition dont notre prochain a besoin pour être capable de servir et d’avoir ainsi une vie nouvelle.
Évoquant l’Examen de perfection, fruit du partage unifié de notre vie spirituelle devant le Christ, il affirme :
Parmi tous les fruits de l’Examen de perfection, il en est un qui se distingue : le fruit de la paix. La paix est ce que tant d’hommes désirent. La société la désire, l’Église la désire. Pour maintenir l’unité, il faut créer un climat de paix. Il ne peut y avoir de paix lorsque la conscience est tourmentée par mille inquiétudes intérieures. Il ne peut donc y avoir, il ne peut exister la paix du Christ, car elle est complètement perturbée. Cette paix, fruit de l’Examen de Perfection, n’est pas celle que donne le monde, mais celle que donne le Christ. C’est la paix de l’esprit, cette joie intérieure qui est en moi et qui me dit que je suis en train de suivre un chemin vers ma destinée. Et une destinée qui se présente dans toute son immense grandeur (30 octobre 1960).
Il nous disait que la paix du Christ, qui va au-delà d’un état psychologique de sérénité, s’appelle la Béatitude et possède trois caractéristiques, que nous reconnaissons comme étant la paix, la liberté et la joie (1er janvier 1972).
Il y a quelques jours, je discutais avec une personne qui est déjà grand-mère et qui me confiait son état d’inquiétude permanent : veuve depuis son plus jeune âge, elle a subi la perte d’un fils et se voit aujourd’hui contrainte de s’occuper de sa fille et de ses petits-enfants, qui vivent dans un état de confusion et d’isolement. Au milieu de cette tempête, on devinait clairement comment, au moins, le souvenir du Christ, la présence du Père, qui la confirmait dans sa mission quasi impossible, et la force du Saint-Esprit, la rendaient capable de transmettre une paix bien plus profonde que la souffrance permanente qui la tourmentait.
En vérité, sentir le Christ endormi à la poupe nous permet de naviguer au milieu de n’importe quelle tempête, certains que s’il y a une tempête, un obstacle que nous ne pourrions surmonter, Il la fait disparaître.
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Aux Cœurs Sacrés de Jésus, Marie et Joseph,
Luis CASASUS
Président











