
Evangile selon Saint Matthieu 26,14—27,66
Alors, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit: «Que voulez-vous me donner, si je vous le livre?». Ils lui proposèrent trente pièces d’argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus: «Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal?». Il leur dit: «Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui: ‘Le Maître te fait dire: Mon temps est proche; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples’». Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara: «Amen, je vous le dis: l’un de vous va me livrer». Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l’un après l’autre: «Serait-ce moi, Seigneur?». Il leur répondit: «Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né!». Judas, celui qui le livrait, prit la parole: «Rabbi, serait-ce moi?». Jésus lui répond: «C’est toi qui l’as dit!».
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant: «Prenez, mangez: ceci est mon corps». Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant: «Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis: désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père».
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit: «Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute; car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée». Pierre lui dit: «Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais». Jésus reprit: «Amen, je te le dis: cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois». Pierre lui dit: «Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas». Et tous les disciples en dirent autant.
Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit: «Restez ici, pendant que je m’en vais là-bas pour prier». Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors: «Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi». Il s’écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière: «Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux». Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis; il dit à Pierre: «Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation; l’esprit est ardent, mais la chair est faible». Il retourna prier une deuxième fois: «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite!». Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit: «Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer! La voici toute proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs! Levez-vous! Allons! Le voici tout proche, celui qui me livre».
Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple. Le traître leur avait donné un signe: «Celui que j’embrasserai, c’est lui: arrêtez-le». Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit: «Salut, Rabbi!», et il l’embrassa. Jésus lui dit: «Mon ami, fais ta besogne». Alors ils s’avancèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Jésus lui dit: «Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges? Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures? D’après elles, c’est ainsi que tout doit se passer». A ce moment-là, Jésus dit aux foules: «Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons? Chaque jour, j’étais assis dans le Temple où j’enseignais, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes». Alors les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du grand prêtre; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort. Ils n’en trouvèrent pas; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent: «Cet homme a dit: ‘Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir’».
Alors le grand prêtre se leva et lui dit: «Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi?». Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit: «Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu». Jésus lui répond: «C’est toi qui l’as dit; mais en tout cas, je vous le déclare: désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel». Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant: «Il a blasphémé! Pourquoi nous faut-il encore des témoins? Vous venez d’entendre le blasphème! Quel est votre avis?». Ils répondirent: «Il mérite la mort». Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups; d’autres le giflèrent en disant: «Fais-nous le prophète, Messie! qui est-ce qui t’a frappé?».
Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui: «Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen!». Mais il nia devant tout le monde: «Je ne sais pas ce que tu veux dire». Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là: «Celui-ci était avec Jésus de Nazareth». De nouveau, Pierre le nia: «Je jure que je ne connais pas cet homme». Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent de Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d’ailleurs ton accent te trahit». Alors, il se mit à protester violemment et à jurer: «Je ne connais pas cet homme». Aussitôt un coq chanta. Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit: «Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois». Il sortit et pleura amèrement.
Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.
Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné; il rapporta les trente pièces d’argent aux chefs des prêtres et aux anciens. Il leur dit: «J’ai péché en livrant à la mort un innocent». Ils répliquèrent: «Qu’est-ce que cela nous fait? Cela te regarde!». Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les chefs des prêtres ramassèrent l’argent et se dirent: «Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang». Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors s’est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie: Ils prirent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea: «Es-tu le roi des Juifs?». Jésus déclara: «C’est toi qui le dis». Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit: «Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi?». Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.
Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. La foule s’étant donc rassemblée, Pilate leur dit: «Qui voulez-vous que je vous relâche: Barabbas? ou Jésus qu’on appelle le Messie?». Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on l’avait livré. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire: «Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui».
Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit: «Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche?». Ils répondirent: «Barabbas!». Il reprit: «Que ferai-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie?». Ils répondirent tous: «Qu’on le crucifie!». Il poursuivit: «Quel mal a-t-il donc fait?». Ils criaient encore plus fort: «Qu’on le crucifie!». Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre; alors il prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant: «Je ne suis pas responsable du sang de cet homme: cela vous regarde!». Tout le peuple répondit: «Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants!». Il leur relâcha donc Barabbas; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié.
Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient en lui disant: «Salut, roi des Juifs!». Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix. Arrivés à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire: Lieu-du-Crâne, ou Calvaire, ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation: «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs». En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête: «Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix!». De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant: «Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même! C’est le roi d’Israël: qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui! Il a mis sa confiance en Dieu; que Dieu le délivre maintenant s’il l’aime! Car il a dit: ‘Je suis Fils de Dieu’». Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
A partir de midi, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à trois heures. Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte: «Éli, Éli, lama sabactani?», ce qui veut dire: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?». Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant: «Le voilà qui appelle le prophète Élie!». Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres dirent: «Attends! nous verrons bien si Élie va venir le sauver». Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent: «Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu!». Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance: elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf, et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Cependant Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.
Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant: «Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant: ‘Trois jours après, je ressusciterai’. Donne donc l’ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple: ‘Il est ressuscité d’entre les morts’ Cette dernière imposture serait pire que la première». Pilate leur déclara: «Je vous donne une garde; allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez». Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
L’épée la plus puissante
Luis CASASUS, Président des Missionnaires Identès
Rome, le 29 mars 2026 | Dimanche des Rameaux
Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14—27,66
Selon le Christ, nous pouvons envisager la paix d’au moins deux manières : la première, comme l’attitude de celui qui ne se venge pas, de celui qui parvient à maîtriser ses pulsions pour ne pas imposer ses jugements et ses désirs aux autres. La seconde, celle de l’artisan de paix, comme le dit la Béatitude.
Il est clair que Jésus est un Maître dans ces deux dimensions de la paix.
L’épée du disciple de Jésus, qui a blessé le serviteur du Grand Prêtre, ressemble à celle du jeune guerrier de cette histoire :
Dans la province de Kai vivait Hoshin, un samouraï célèbre non pas pour ses victoires, mais pour quelque chose de plus étrange : personne ne se souvenait l’avoir vu dégainer son épée.
Un jour, un jeune guerrier nommé Riku arriva chez lui, furieux d’une humiliation subie en chemin.
Maître Hoshin, dit-il, apprenez-moi à vaincre. Je veux que tous craignent mon épée.
Hoshin le regarda longuement, comme s’il écoutait un son lointain.
Si tu cherches à te faire craindre, tu as déjà perdu, répondit-il. Mais si tu cherches à comprendre, reste.
Riku accepta, bien que perplexe. Des semaines entières s’écoulèrent sans que le maître ne mentionne l’épée. Au contraire, il lui apprenait à écouter le vent, à marcher sans casser une branche, à servir le thé sans en renverser une goutte.
Un jour, alors qu’ils puisaient de l’eau dans la rivière, un bandit armé fit son apparition. Riku trembla. Hoshin, quant à lui, inclina la tête.
Mon frère, dit le maître, je vois de la fatigue dans tes yeux. Si tu cherches de quoi manger, partage notre repas. Si tu cherches la bagarre, tu ne la trouveras pas ici.
Le bandit, déconcerté, baissa son arme. Personne ne lui avait jamais parlé ainsi. Il s’assit, mangea, puis s’en alla sans violence.
Riku, stupéfait, s’écria : Maître ! Pourquoi n’avez-vous pas combattu ? Vous auriez pu le tuer !
Hoshin sourit : C’est justement pour cela. L’épée la plus puissante est celle qui n’a pas besoin de trancher. La force naît lorsque le cœur choisit la paix même lorsqu’il pourrait s’imposer par d’autres moyens ; car celui qui sème la paix, tôt ou tard, récolte la vie.
Des années plus tard, Riku devint un samouraï respecté. Il ne remporta jamais de bataille. Il n’en perdit aucune non plus. Car, comme le disait le maître Hoshin, la paix n’est pas l’absence de guerre, mais la présence d’un esprit qui n’a pas peur de vivre sans violence.
Les deux épées cherchaient à imposer leur vision et leurs désirs, avec la conviction absolue qu’ils devaient s’accomplir ici et maintenant. Cela a pour conséquence immédiate que toute personne qui exprime une opposition ou des doutes à ce sujet est perçue comme un obstacle… qu’il faut « éliminer » physiquement, émotionnellement ou socialement.
Toi et moi n’utilisons probablement pas d’épées, mais nous devrions observer si, outre les affrontements ouverts, nous utilisons des formes plus ou moins subtiles d’attaquer notre prochain :
►en le rendant « invisible » en ne lui demandant jamais son avis ou en ignorant ses idées ;
►en l’isolant des autres en ne lui communiquant pas certaines informations que tout le monde partage ;
►en détruisant sa réputation, en remettant constamment en cause sa crédibilité, en le présentant comme « problématique » ou « difficile » ou en minimisant ses réussites ;
►en l’isolant progressivement, en le séparant des personnes qui l’apprécient ou en lui retirant des responsabilités importantes ;
►en suscitant de l’insécurité ou de l’épuisement, en lui montrant de l’indifférence, en ne le traitant pas avec la même affection qu’aux autres, ou en lui adressant continuellement des « micro-critiques »…
Bien sûr, la liste pourrait s’allonger, mais si nous passons en revue chaque point, nous n’avons aucun mal à trouver des moments où Jésus a fait exactement le contraire : il s’est soucié de connaître les craintes de ses disciples (Mc 9, 33-34 ; Lc 24, 17), il leur a fait connaître l’intimité de sa relation avec le Père (Jn 15, 15 ; Jn 8, 26-28), il passait sous silence devant tous les défauts ou infidélités qu’il voyait chez chacun (Jn 21, 15-17 ; Mt 26, 40-41 ; Jn 21, 15-17), il leur confiait des missions pour leur montrer sa confiance (Jn 12, 6), etc.
Le peuple de Jérusalem n’a pas eu besoin de comprendre grand-chose de ce que disait Jésus ; en le voyant arriver sur un ânon, tous ont compris qu’il venait apporter la paix. Même Hérode et Pilate n’ont trouvé en lui aucun crime.
De plus, il se produit un fait surprenant. L’Évangile dit que Pilate et Hérode étaient ennemis, mais ce jour-là, ils sont devenus amis (Lc 23, 12).
En effet, en apprenant que Jésus était Galiléen et relevait de la juridiction d’Hérode, Pilate décida de le lui envoyer pour qu’il le juge. Cela fut perçu comme une reconnaissance de l’autorité d’Hérode, qui se trouvait à Jérusalem pour la Pâque.
Même si Hérode se moqua de Jésus et le traita avec mépris, le fait que Pilate l’ait consulté fit disparaître les tensions antérieures. Hérode renvoya Jésus à Pilate, bouclant ainsi le cycle de déférence mutuelle.
Ainsi, de manière inattendue, le Christ fut un instrument de paix, même entre deux dirigeants corrompus.
Cela devrait nous aider à croire que nous aussi, nous pouvons être des instruments de paix de manière inattendue, car le Saint-Esprit utilise comme un baume, d’une manière toujours nouvelle, notre humble témoignage.
Comment le Christ pouvait-il transmettre la paix, même dans les moments les plus désespérants, comme ce fut le cas sur la Croix ? Parce qu’il nous voyait vraiment tous selon les paroles qu’il a prononcées : Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. Cette demande de pardon ne se limite pas à souhaiter « que nous ne soyons pas punis », mais à la certitude que nous pouvons faire le bien malgré notre fragilité, notre inconsistance et même nos trahisons. C’est une demande adressée au Père parce qu’il sait que nous ne sommes pas en paix, que nous ne remplissons pas cette condition première pour l’écouter et pouvoir ensuite marcher avec Lui.
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Au fond, le manque de paix repose sur la division interne, sur ce manque d’unité qui se produit inévitablement. Selon la perspective biblique, les mauvaises pensées sortent du cœur car celui-ci est considéré comme la source de l’intention, de la volonté et de la moralité intérieure de l’être humain : Les paroles que vous prononcez viennent du cœur ; c’est cela qui vous souille. Car c’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, le meurtre, l’adultère, toute immoralité sexuelle, le vol, le mensonge et la calomnie (Mt 15, 18-19). Cela signifie que la méchanceté provient de l’intérieur de l’homme, et non de facteurs externes, reflétant le « réservoir » de méchanceté qu’il a pu accumuler en lui, ce qui souille la personne et étouffe l’invitation de la Providence à faire le bien.
Les mauvaises pensées, les mauvaises paroles et les mauvaises actions, même si nous n’arrivons pas à nous en repentir, produisent irrémédiablement une division intérieure, car elles se heurtent à notre désir intime de faire le bien, de servir et d’aimer profondément. Ainsi, la paix est impossible.
Nous le voyons aujourd’hui chez Judas Iscariote, après qu’il eut trahi le Maître : J’ai péché, j’ai livré à la mort un innocent. (…) Jetant les pièces dans le temple, il s’en alla ; puis il alla se pendre. Dans sa confusion, il ne s’est pas tourné vers le Christ pour demander pardon, mais vers les pharisiens et les sénateurs corrompus.
En même temps, la perception aiguë de notre manque d’unité peut être une purification douloureuse, appelée Séparation (séparation entre l’âme et l’esprit). Il en résulte une diminution de ma confiance en moi infondée, ce qui me pousse à m’unir plus fermement à Dieu.
Lorsque nous ne voulons pas reconnaître notre responsabilité et notre division interne, l’un des pièges dans lesquels nous tombons est le victimisme.
Dans l’Ancien Testament, Jonas est un exemple particulièrement clair d’attitude victimiste. Non pas parce que sa souffrance n’était pas réelle, mais parce qu’il s’installe dans la plainte et la passivité, il interprète sa mission comme un fardeau injuste et se place lui-même au centre du drame.
Lorsque Dieu l’envoie à Ninive, Jonas ne répond ni par l’obéissance ni par une crainte respectueuse. Il répond par la logique du victimisme : Ce n’est pas juste. Je ne veux pas. Ce n’est pas à moi, d’autres devraient le faire, la mission est trop grande.
Plus tard, la prière de Jonas dans le ventre du poisson est magnifique, mais elle révèle aussi quelque chose : il se sent victime des circonstances, et non protagoniste de sa propre histoire. Son récit est : On m’a jeté, les eaux m’ont entouré. Tout est passif ; il n’y a aucune responsabilité personnelle pour avoir fui la volonté divine.
Lorsque Ninive se convertit, Jonas ne se réjouit pas. Il se met en colère, et sa colère a un ton très victimiste : Tu vois ? C’est pour ça que je ne voulais pas venir. Je savais que tu allais leur pardonner.
La traduction de cette colère est : Je suis ridiculisé ; mes efforts ne servent à rien ; c’est moi qui souffre tandis que d’autres reçoivent la miséricorde. C’est la logique de celui qui se sent traité injustement par la bonté de Dieu envers les autres.
Alors qu’il campait à l’extérieur de la ville, la plante qui lui faisait de l’ombre se dessèche, Jonas explose : Mieux vaut pour moi mourir que vivre. C’est clairement disproportionné. La perte est minime, mais il la vit comme une tragédie personnelle. On voit ici le cœur du victimisme : une sensibilité exagérée à son propre mal-être et une cécité totale face à la souffrance des autres et au bien dont ils ont besoin.
Dieu lui répond par une question qui démolit son argument : Tu te lamentes pour une plante à la croissance de laquelle tu n’as pas participé, qui a poussé en une nuit et s’est desséchée la suivante. Ne vais-je pas avoir pitié de Ninive, cette grande ville où vivent plus de cent vingt mille enfants ?
Il se concentre sur son mal-être plutôt que sur la mission, et pourtant, Dieu ne l’abandonne pas ; il l’éduque avec patience, comme un enfant blessé qui a besoin d’apprendre à regarder au-delà de lui-même.
Au contraire, aujourd’hui, Jésus a prononcé ces paroles sur le chemin du Calvaire :
Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants (Lc 23, 28).
Jésus ne se pose pas en victime ni ne demande de la compassion pour lui-même ; il regarde au-delà de sa douleur immédiate ; il détourne l’attention de sa propre souffrance et les invite à regarder la souffrance qui va s’abattre sur le peuple.
Puissions-nous aujourd’hui apprendre un peu plus sur sa manière d’affronter le mal : non pas par l’apitoiement sur soi-même, mais par la responsabilité et la compassion envers les autres. C’est le premier pas pour les aider à atteindre la paix que seul le Christ peut donner.
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Aux Cœurs Sacrés de Jésus, Marie et Joseph,
Luis CASASUS
Président











